HOLLANDE : QUE VEUT UN BELLICISTE ?

Le déluge de commentaires qui s’abat sur tous les médias et les réseaux sociaux depuis une semaine au sujet de la déchéance de nationalité finirait presque par nous faire oublier que François Hollande,  Président de la République, n’est ni un mou, ni un imbécile, ni un débutant.

Pourtant les commentateurs s’épuisent à nous répéter que « puisque ça n’aura aucune efficacité » pourquoi inclure cette disposition dans la réforme constitutionnelle ? Puis, que Valls lui-même reconnaissant ce peu d’efficacité, de se demander quelle mouche pique Hollande, qui serait soudain soucieux, à les entendre, de tenir la parole engagée devant le Congrès ! Sans rire : ces experts en politique politicienne imaginant un Hollande qui se sentirait obligé de tenir parole, que ce soit devant Dieu le Père ou le Congrès, vraiment – on aura tout entendu.

Ce matin encore, notre éternel Cassandre, Jacques Attali himself, s’exclamait d’un air navré devant un Bourdin pour une fois attentif aux propos de son invité, que cette malheureuse initiative « semait la confusion ».

 Là encore, on frôle la franche rigolade : comment ? Hollande oserait, ah le félon,  semer la confusion, mais quel scoop : et pourquoi pas diviser pour régner, tant qu’on y est.

Enfin, la dernière explication avancée – un calcul électoral pour tâcher d’être élu après une confrontation avec Le Pen au second tour – a si peu de chance tant il est grossier et prématuré, à 15 mois de distance, qu’il faut bien se poser  quelques questions voire même poser La question qui fâche, la vieille et sinistre question qui depuis que la politique existe mène la danse macabre : cui prodest ? Comme dit l’adage judiciaire bien connu : qui profite, voire, à qui profite le crime ?

Il semblerait qu’un intervenant récent, Philippe-Joseph Salazar, un philosophe spécialisé…en rhétorique, et par conséquent expert en tricheries duperies et autres pipeauteries qui font l’ordinaire de ce que l’on nomme sans rire la science politique, vienne de vendre la mèche : ce qu’il dit mérite d’être lu et écouté attentivement, et son bouquin risque fort de faire un bestseller dès sa sortie courant janvier.

Le Professeur Salazar conclue son intervention en évoquant la conséquence qui lui paraît logique de ses analyses quant à la réalité du Califat : parler avec lui, négocier avec le chef actuel de l’État islamique.

Mais c’est là que le bât blesse son raisonnement par ailleurs fort rigoureux : à croire que le Pr Salazar écoute et comprend mieux le  Califat qu’il n’entend ce que nous dit Hollande.

Or la parole de Hollande depuis le lendemain du 13 novembre est parfaitement univoque : c’est une parole de guerre. Hollande dit la guerre, veut la guerre, fait la guerre et veut une coalition de guerre contre ce qu’il nomme daesh et que Salazar requalifie à juste titre de Califat. Non pas une guerre réduite à quelques bombardements dont personne n’ignore qu’ils n’auront jamais d’autres résultats que de freiner le Califat, mais certainement pas de le détruire, mais une guerre totale.

La condition préalable, indispensable est donc, non pas de parler avec l’État islamique, mais de le reconnaître. Et de le reconnaître strictement pour ce qu’il se revendique et qu’il est d’ailleurs effectivement : un État.

Un État qui nous fait la guerre qui déclare expressément qu’il veut notre destruction et qu’il faut donc détruire : ce qui nécessite que l’on commence par en attester la réalité. Le reconnaître pour la lui déclarer, cette guerre, et pour la mener, de la seule et unique façon que l’Occident sait mener et gagner une guerre : à l’ancienne, à la régulière, avec tous les terrifiants moyens modernes dont regorgent les arsenaux occidentaux, et pour le coup, en prenant le monstre au mot et en menant une guerre d’États alliés contre l’État Islamique.

Nous allons voir très vite si c’est bien ce projet que nourrit Hollande qui se verrait alors pleinement dans le rôle d’un chef de guerre en titre et en poste, en marche vers la victoire – et en s’imposant en tant que tel à tous ses concurrents de droite comme de gauche dans une élection de temps de guerre quasiment gagnée d’avance.

Le premier coup se joue à présent dans cette révision constitutionnelle.

Une révision dont toutes les dispositions ont été annoncées dans la perspective expresse d’une guerre à mener. Et dont on pourra dire bientôt qu’Hollande aura sagement et efficacement anticipé les actions à mener contre le Califat, dont les soldats né en France auront choisi en combattant contre la France et pour l’État Islamique, d’en prendre de facto la nationalité…

GOS

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