Les cons au pied du mur

Il y a eu les samizdats, puis les dazibaos, voilà désormais que nous avons le mur des cons. Non pas le mur du çon genre Canard enchaîné qui en épingle et salue chaque semaine le franchissement assourdissant, et dont ce mur des cons n’est que l’humble et potache avatar. Mais, en version iconographique, le tableau d’horreur de toutes les énormités proférées avec componction par les politiques de tous bords dans le domaine de la Justice. Avec le portrait de l’auteur et parfois son sobriquet : l’effet est saisissant.

Hurlements, grincements de dents, interpellations, gesticulations, trépignements, serrements de poings, appels à la répression, à l’interdiction, à la vindicte publique, et surtout surtout… à la Justice et aux tribunaux devant qui l’on va traîner tous ces gauchisses et ces révolutionnaires patentés, ces terroristes honteusement infiltrés au sein de la magistrature….

Ici, une curiosité grammaticale de la droite la plus emmurée du monde, mérite quelque éclaircissement : pour les gens de droite, un magistrat, c’est un magistrat. Point barre. Circulez.

Entendez que dire « magistrat de droite » c’est pour la syntaxe réactionnaire et bourgeoise un pléonasme : soit une répétition inutile.

En revanche, la proposition « magistrat de gauche »  constitue unoxymore, soit une formule réunissant deux mots en apparence contradictoires.

Passons sur les exceptions connues : la licence poétique du « clair-obscur » ou bien encore d’un « silence assourdissant » ici –  et là le sens exotique attribué par sa clientèle à la célèbre boite de nuit de Montpellier  « l’Oxymore » : « beh c’est là où il y a le plus d’oxygène, con ».

Et notons à l’intention des nécessiteux en têtes d’affiche que les termes en question ne sont contradictoires qu’en apparence. Et  soulignons que oui, si, vraiment, on peut être magistrat et ne pas être de droite.

Rien que pour ça, la poissonnière de service méritait bien d’être au menu.

Reste l’essentiel : on voit bien que ce qui leur pourrit vraiment la vie, à tous ces inscrits à ce tableau des nuls, ce n’est évidemment pas le rappel des sordides sottises proférées ici et là, pour se faire remarquer : ça, ces ténors de la bêtise politique ordinaire et de la petite cochonnerie réactionnaire médiatique ne s’en émeuvent pas, en vrais professionnels qu’ils sont.

Et pour un peu, on croirait contempler le trombinoscope presque complet de la grande entreprise de démolition de la Justice en France, dont l’état désastreux et scandaleux déshonore la France aux yeux du monde entier.

Les mêmes que l’ignominie de notre système carcéral n’empêchent pas d’être contents d’eux et de dormir en paix, hurlent désormais au scandale.

Non, ce qui les dérange, c’est que leur binette épinglée et dûment commentée soit passée à la télé et surtout fasse un formidable buzz sur internet où l’insolent et hilarant trombinoscope (tableau volé, soit dit en passant, qui ne devait pas être publié) fait un véritable tabac.

Parce que là, le triomphe est assuré ; voyez vous-même, ça tourne même avec une traduction en anglais. Pas moyen d’aller sur youtube sans tomber sur les commentaires au vitriol inscrits sous le portrait de chacun des heureux gagnants de cette version contemporaine du jeu de massacre des foires foraines.

Une fête foraine qui s’appelle le web : il y a le mât de Cocagne, et le jeu de massacre.

Au mât de Cocagne, certains y montent en oubliant qu’ils ont un trou à la culotte et qu’on voit bien ce qui leur tient la chemise au cul. Au jeu de massacre, on dégomme les têtes de pipe.

Et en plus, sur internet, c’est gratuit.

Messieurs les magistrats, une fois n’est pas coutume : le peuple vous remercie !

 

 

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