Béziers: la symbolique de la haine

(publié le 9 avril sur Médiapart)

Monsieur le nouveau Maire de Béziers, pressé de questions par la presse locale désireuse de connaître « ses premières décisions » de nouvel élu, répondait vertueusement la semaine dernière qu’il n’était pas tout seul à décider. A cette réponse convenue où se combinent langue de bois et saine prudence, monsieur le maire qui est une outre de vanité et de satisfaction de lui-même, surajoutait un air mystérieux quant à  cette fameuse décision qui serait assurément très symbolique de son règne commençant.

Le suspense n’aura pas duré bien longtemps. Comme on pouvait s’y attendre au-delà des palinodies d’une campagne électorale de type canada dry, sur le thème récurrent : « Je pense facho, je parle facho,  j’ai l’air d’un facho : mais je ne suis pas adhérent du Front National », la fameuse première décision, estampillée politique municipale FN par M. Le Pen en personne, vient enfin de tomber : Interdiction du Halal et menus avec porc dans la cantine municipale.

Tour à tour RTL  puis hier le Monde se sont fait l’écho de cette « décision » défendue  par Marine Le Pen au nom de la politique municipale de « laïcité » du Front National.

Soulignons, comme le répète le nouvel édile, que le maire de Béziers n’est pas, lui, membre du Front National : c’est donc bien  à son compte personnel que s’inscrit cette mesure dont nous verrons qu’elle n’est en aucun cas réductible à un faire-semblant, quand bien même il faut souligner qu’elle ne correspond à aucune réalité concrète, au sein des cantines scolaires concernées, à Béziers comme ailleurs.

En effet,  qu’il s’agisse de cantines scolaires gérées par le public ou comme à Béziers d’une cantine privée dépendant de la commune, il n’existe en France aucune cantine où le porc soit « obligatoire »,  et encore moins de cantine scolaire « hallal ». Ni, soit dit en passant, de cantine kosher : par contre, on notera que dans toutes les cantines scolaires de France et de Navarre, on sert du poisson le vendredi, ce qui est en fait une tradition purement catholique (et non chrétienne comme on le croit généralement).

Reste à bien mesurer ce qu’exprime cette décision, que Le Monde a bien tort de réduire à une sorte d’arnaque ou de bluff : il suffit pour cela de relever que ce qui semble aux yeux des médias un simple effet d’annonce doublé d’une outrance habituelle au FN, est bel et bien une véritable agression haineuse, une discrimination éhontée contre les musulmans. Ils savent désormais à Béziers qu’ils sont en butte à une première mesure voulue par le FN et que la marionnette locale, qui prétend contre toute évidence ne recevoir d’ordres de personne, s’est empressée d’exécuter sans aucun état d’âme.

Car la symbolique de cette mesure, c’est celle voulue par le Front National et recommandée comme mesure d’urgence dans toutes les municipalités tombées entre ses mains, c’est la symbolique de la haine. Et loin de faire semblant, il s’agit de faire mal.

La haine montre ici son vrai visage mesquin. Loin d’être  un simple sobriquet du F.Haine en forme de lapsus révélateur, la haine est le véritable moteur, le leitmotiv constant de ce parti depuis toujours en guerre contre la République et dont le seul levier, le seul programme dans ce pays est de diviser, de dresser les français les uns contre les autres, en jouant de leurs différences pour mieux nous isoler dans des identités de repli, dans des régressions rancies envieuses du voisin de palier, de l’autre, du différent, du multiple, du non-souchien !

Et cette diagonale de la haine qui traverse la France de Béziers à Hénin-Beaumont est perçue comme une agression de plus, encore et toujours,  par la minorité de français musulmans qu’il s’agit somme toute, de faire souffrir. C’est tout simplement le but de cette trouvaille frappée au coin de la plus sordide méchanceté : de faire souffrir des familles qui s’imaginent hélas que leurs enfants pourraient  être privés de cantine !

Car cette mesure, si elle est en effet fictive, reste bien concrète : elle pèse son poids de peur chez les enfants, d’angoisse chez les parents et son poids de satisfaction immonde chez les racistes du coin qui cotisent bleu marine.

Voilà qui devrait réjouir les lepénistes en général et le maire de Béziers en particulier, qui prétendent faire la preuve de leur compétence dans les communes tombées en leur pouvoir : faire peur aux petits enfants, ça en effet, ils savent faire.

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