LA COUPE DU MONDE IMMONDE

( Article publié le 20 mai sur l’édition « Avertissement d’incendie » de  Médiapart)

 

Immonde en effet, au sens que donnait Lautréamont à ce mot qui désigne quelque chose qui nie le monde, qui est un « non-monde ». Non pas un mot qui renverrait à l’expression populaire de ce qui « n’est pas de ma planète » mais celui de la Coupe du Monde de la FIFA, qui  est tout ce qu’il y a de plus terre à terre, notamment lorsqu’il s’agit de ses intérêts, omniprésents, exorbitants, et désormais érigés en force de loi au Brésil grâce à l’abjection politique du gouvernement brésilien.

Qu’en juge sur pièce, en se référant à un récent article de Marc Perelman et à son livre « Le sport barbare », dont le titre est somme toute modéré si l’on veut bien regarder de près les incroyables dispositions « légales » acceptées par le gouvernement brésilien. Celui-ci a plié face à une litanie de diktats absolument inouïs, chacun de ses abus expliquant à lui seul que des foules hurlent dans les rues brésiliennes le scandale la fureur et pour tout dire l’horreur que leur inspirent ces abominations légalisées qui ouvrent à tous les abus d’un libéralisme qui montre là son vrai visage.

Qu’on imagine ne serait-ce qu’un instant qu’un lobby richissime et surpuissant comme la FIFA essaie d’imposer les mêmes abjections législatives et réglementaires dans un pays européen, et ce qu’il adviendrait d’un pouvoir qui s’y plierait ! Mais bien sûr, comme hier en Afrique du Sud, le Brésil est aux yeux des dirigeants de la FIFA un pays du Tiers Monde, avec lequel on ne prend pas de gants : les profits (immenses) avant tout, et pour la paix civile, et pour le bien-être du peuple brésilien, comme dit le triste Platini: circulez et jouez au foot, il n’y a rien à voir.

Pourtant, les téléspectateurs qui ont suivi attentivement les remarquables interventions de Marc Perelman, bien isolé sur le plateau de l’émission « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddeï vendredi dernier, auront déjà pu entendre une partie non négligeable de ces informations. Bien que seul contre huit, dont un agité du ballon rond jouant les histrions énervés, un Pape Diouf assurant sans rire qu’il n’y a pas d’exploitation éhontée des petits africains « importés » dans les écoles de foot françaises, et une précieuse nasillant ses improbables indignations contre ceux qui n’aiment pas le foot, certaines vérités ont pu être énoncées clairement calmement et d’une voix posée.

Le public de l’émission lui, ne s’y est pas trompé, qui écoutait dans un silence de cathédrale des vérités jamais entendues sur un plateau Tv à une heure de grande écoute, sur ce monde du foot qui, loin d’être le reflet de notre monde avec ses inégalités, ses racismes, ses misères et ses splendeurs, pourrait être selon Marc Perelman, « le modèle » épouvantable du monde hypercapitaliste de demain, qui, en effet, est immonde.

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