VIVE LA MORT

 

Ce cri « nécrophile et insensé » comme Miguel Unamuno eut le courage de le dire hautement, en 1936, face à une foule franquiste prête à le lyncher, est revenu à la mode.

Et telle est bien la mode, la triste mode, la mode nécrophile et insensée en effet, de ce malheureux siècle qui commence par le triomphe partout en ce monde de la barbarie la plus sanglante, sous toutes les formes les plus renouvelées et les plus sophistiquées dont elle nous outrage quotidiennement.

Voyez donc comme, un siècle après ceux de 14, nous revient en pleine face avec un peu d’avance, mais si peu, mais si vite, l’anniversaire hideux des années trente, avec son cortège de massacres de haine, de brutalité meurtrière et d’insondable bêtise, multiplié par le coefficient internet.

Voyez-les dans toute leur gloire médiatique, ubiquitaire, sur tous les écrans de la planète.

Quel spectacle !

Ils sont là, sanglés dans leur djellabas noires, beaux, jeunes, souriants et barbus, un doigt levé pour réclamer leur gloire sanglante, posant en majesté grâce à l’omniprésence obligeante des chaînes d’infos continues. Ces télévisions enchaînent en continu et en live et  diffusent et rediffusent 24h sur 24h et comme à plaisir les mêmes vidéos à peine floutées,  avec les  mêmes commentaires sensationnels, qui bâtissent par accumulations et répétitions  imbéciles  la légende sinistre de ces jeunes gens qui assassinent à visage découvert : les barbares nouveaux sont arrivés !

Nouveaux, sans doute, puisque notre époque aime par-dessus tout qualifier de nouveau ce qui nous revient de la veille, et ceux-là tout particulièrement, qui ressemblent comme deux gouttes de sang à leurs tristes aînés.

Voyez-les prendre la pose !

Ils ont tout en commun avec les jeunes SS, beaux blonds sanglés dans leur élégants  uniformes noirs, un bras levé vers leur Führer, et comme aujourd’hui les mêmes, exactement les mêmes : ivres de sang, de violence et par-dessus tout de jouissance brute et brutale.

Avec en prime de faire, d’un doigt levé, la nique à leurs sages petits camarades restés à la maison cramponnés à leurs consoles sur leurs jeux vidéo de massacres où ils abattent sans compter à grandes rafales hommes femmes et enfants fictifs pour faire un bon score, si discutablement virtuel.

Leur message de ralliement est clair. Il s’adresse aux enfants du siècle enkystés dans leurs cités et dans leurs pavillons, et les invitent à les rejoindre et à partager pour de vrai ce festin de sang, ces tenues et ces armes mythiques, la violence inouïe, jamais vue, et la transgression absolue : celle de la mort mise en scène en une pornographie ultime. Celle permise par un dieu-prétexte, en son nom perverti, pour mériter son paradis de bastringue, par le martyre, en noir, en beauté : dis, t’as vu ma belle kalache ?


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