Françoise d’Eaubonne dix ans après

Françoise d’Eaubonne dix ans après

03 AOÛT 2015 |  PAR SILVAGNI

( Publié sur MEDIAPART (blog) le jour anniversaire de son décès)

 

L’écrivaine et militante féministe Françoise d’Eaubonne est décédée le 3 août 2005, dans un petit studio confortable du foyer des artistes âgés, rue Montparnasse à Paris.

L’Histoire du siècle dernier gardera de Françoise d’Eaubonne l’image de la militante anticolonialiste – elle est signataire de « l’Appel des 121 » – et des premières heures du féminisme politique en France, dont plusieurs de ses ouvrages ont esquissé le projet alors révolutionnaire, dont quelques-uns ont fait date dans ce domaine.

On retiendra tout particulièrement  ÉCOLOGIE/FEMINISME  publié en 1978, qui fut à l’origine du groupe féministe « écologie/féminisme » qu’elle anima au sein du MLF dont elle était co-fondatrice.

Ses combats et ses engagements politiques radicaux et souvent vécus dans la violence d’une époque d’après-guerre très dure ne doivent cependant pas faire oublier que Françoise d’Eaubonne est et restera avant tout une écrivaine dont le talent fut reconnu très tôt, dès son premier roman  Comme un vol de Gerfauts  publié en 1947.

Par la suite elle vécut d’un emploi de lectrice chez quelques éditeurs et pour l’essentiel de sa plume, c’est-à-dire pauvrement, puis d’une maigre retraite.

Elle résidait depuis deux ans dans ce quartier de Montparnasse qu’elle aimait entre tous, d’abord parce qu’elle y avait habité lors de son arrivée à Paris dans l’immédiat après-guerre, mais surtout parce que c’était le quartier d’élection de son immutable amie, Simone de Beauvoir.

Lorsqu’elle avait enfin pu quitter le logement insalubre dans lequel elle vivait misérablement depuis plusieurs années, oubliée de ses amies féministes et sans aucun soutien des milieux gays – elle qui avait pourtant fondé le FHAR avec Guy Hocquenghem – elle était devenue quasiment aveugle.

C’est du reste à l’aveugle et dans le chaos indescriptible d’une chambre sans confort ni lumière qu’elle avait tapé son plus beau roman, son véritable chef d’œuvre, L’Évangile de Véronique , qu’elle avait daté et domicilié rue Montparnasse, avril 2003, pour fêter son entrée dans un logement décent et comme pour mieux conjurer les mauvais jours d’une vieillesse de gêne et de solitude.

Hélas, ce superbe roman d’une écriture magnifique, sculptée de lumière et de couleurs, passa complètement inaperçu de la critique. Devenu introuvable sauf en occasion, ce roman fort peu catholique renoue avec la tradition oubliée et pourtant toujours bien vivante, d’un anarchisme chrétien pour lequel Dieu n’est jamais ni Père ni Maître.

Voici la présentation qu’en faisait l’éditeur :

« Véronique ne fait pas partie des femmes qui ont assisté à la Crucifixion et ont pu témoigner de la Résurrection. Mais plus discrètement, sur le chemin du Calvaire, elle s’est penchée sur le Supplicié pour lui essuyer le visage avec un linge blanc… et celui-ci s’est imprégné pour toujours de l’image du Christ. Qui était cette femme mystérieuse dont les évangiles canoniques ne disent mot ?

Dans ce magnifique roman de Françoise d’Eaubonne, Véronique se révèle être la « femme hémorroïsse », cette exclue que ses menstrues perpétuelles avaient rendue impure, rejetée de tous, et qui fut guérie par Jésus. Sauvée de cette marque d’infamie, Véronique, fille d’un Rabbin érudit, ne se mêlera pourtant jamais à la foule des disciples. Même après qu’elle aura recueilli la Sainte Face sur son étoffe, sa foi ne sera pas exempte de doutes ni de revendications : à son amie romaine Calpurnia, à son ancien amour Menshès, à Luc l’Évangéliste, elle ne cesse d’affirmer que le message de Jésus relève la femme et sape les fondations d’une société misogyne ».

Dix ans après sa disparition, il faut espérer que sa mémoire soit enfin saluée par la ré-édition de ce roman qui couronne une vie exemplaire de femme libre, d’une femme de lettres engagée au prix de mille tourments, et d’une écrivaine magnifique.

 

 

 

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